Le Parcours

Pile à la frontière entre le Congo et le Cameroun, la moto tombe en panne ! Le stator de l’alternateur a cramé, impossible d’aller plus loin. Je trouverai le moyen de me rapatrier à Yaoundé, la capitale, avec la moto pour trouver une solution. Je resterai 10 jours sur place, le temps de recevoir les pièces nécessaires envoyées depuis la France.
La moto réparée, je repars en direction de Foumban, puis Mayo Darlé et la frontière avec le Nigeria. Ce passage redouté par tous les voyageurs me réserve quelques péripéties, mais je finirai par rallier Gembu, porte d’entrée du Nigeria dans les montagnes.
S’ensuit la traversée du pays d’Est en Ouest, avec des étapes marathon, le Nigéria n’est pas franchement l’endroit pour passer ses vacances ! Je passerai par Lagos, plus grande ville du pays pour souffler un peu après ce périple.
Direction ensuite le Bénin, un peu plus « calme », où j’irai à Cotonou puis Abomey, berceau du culte vaudou pour découvrir un peu mieux la culture locale.
J’enchainerai par plusieurs tentatives d’entrée au Togo qui m’aura donné du fil à retordre… Qui aurait pensé que de tous ces pays, le Togo serait celui avec la frontière la plus compliquée à passer ?

Carnet de Route

Djoum

Avant même de passer la frontière camerounaise, la batterie présente des signes de faiblesse. Un rapide check de la tension et je comprends vite se qui se passe…
Je passe la frontière au milieu de la jungle puis je roule sans m’arrêter pour essayer d’aller le plus loin possible, idéalement Yaoundé…
C’est à quelques kilomètres de Djoum, premier grand village, 200 km après la frontière que le tableau de bord se transforme en sapin de noël puis tout s’arrête !
Je rallie tant bien que mal le village où je m’arrête pour la nuit pour trouver une solution.
Celle-ci arrivera le lendemain : je rencontre des marchands ambulants avec un grand camion, je leur demande si par hasard ils ne repartent pas à Yaoundé.
Ils repartent à Yaoundé le soir et acceptent très gentiment de m’embarquer avec la moto !
Je passe la journée avec eux jusqu’à ce qu’ils remballent tout, on charge la moto entre les sacs de riz, les matelas, les régiments de bananes…
Départ 19h, arrivée à Youndé à 3h du matin. Le transport a été éprouvant : obligé de se cacher sous les matelas à tous les checkpoints dans une chaleur étouffante ! (Allez expliquer à un policier camerounais pourquoi un blanc et une moto immatriculée à l’étranger sont dans votre camion en pleine nuit !)

Yaoundé

Arrivé « clandestinement » dans la capitale camerounaise, je file diagnostiquer le problème au garage de Didier, repaire de tous les voyageurs de passage ici. La source de la panne est confirmée, c’est bien l’alternateur !
Impossible de trouver une pièce aussi spécifique ici, je mets mes parents sur l’affaire pour réunir les pièces de rechange et tout faire partir en DHL Express.
Je profite de l’occasion pour régler quelques sujets : quelques visas aux ambassades ou en ligne, nettoyage, repos.
L’expédition des pièces aura été plutôt rapide. Une journée pour remonter le tout, je serai resté un peu moins de 10 jours bloqué ici.

Nord du Cameroun

De retour sur la route avec une moto qui fonctionne !
Je monte vers le nord. Le Nord-Ouest du pays étant en conflit armé, je suis obligé de passer par l’un des points de passages entre le Cameroun et le Nigeria dans les montagnes.
Je passe d’abord par Foumban, capitale du Royaume Bamoun, puis Magba.
A partir de Magba, le goudron laisse place à des pistes bien rouges jusqu’à Mayo Darlé.
J’avais prévu de passer cette zone un peu plus tôt dans la saison. Nous sommes maintenant au début de la saison des pluies, ce qui risque de compliquer la situation….

Mayo Darlé - Gembu

Lorsque l’on croise des voyageurs qui traversent l’Afrique de L’ouest, c’est le sujet qui revient à chaque fois : la frontière Cameroun-Nigeria. Le passage est uniquement possible par des petits chemins dans les montagnes du plateau de Mambilla. Réputés plutôt techniques, avec des pentes raides, des passages de rivière et surtout quasiment impraticables en saison des pluies !
Je m’élance sur le passage de Mayo-Darlé à Gembu, pas le plus facile mais plus court (80km) et avec des paysages magnifiques. Malgré les orages des deux derniers jours, le chemin est sec. Il y a effectivement des passages techniques mais rien d’insurmontable. Je passe plusieurs checkpoints et sans trop m’en rendre compte, je suis au Nigeria (d’après les drapeaux sur les uniformes des militaires et le fait qu’ils parlent anglais).
Le décor est magnifique ! A environ 12 kilomètres de Gembu, il y a une grande rivière à traverser. Des passeurs utilisent des pirogues en bois pour faire traverser les motos. Me voilà donc sur cette embarcation qui tangue et qui prend l’eau avec 250kgs de moto + bagages et un type qui contrôle le tout avec un grand bâton !
Tout se passera bien, il me fait débarquer sur un petit ilot, il faut ensuite traverser un bras de rivière pas trop profond mais sableux, je fais attention et je passe sans encombre, heureusement, ça aurait été le pire endroit pour tomber la moto à l’eau !

Gembu

La rivière est passée, mais le ciel est menaçant depuis quelques minutes.
A peine le temps de prendre quelques photos qu’un énorme orage s’abat sur moi. En un rien de temps, toute la zone est inondée. Je reprends le chemin et l’enfer commence !
Un monticule de boue me fait chuter et je me retrouve avec la moto couchée et le pied bloqué sous une valise. Impossible de me dégager. Par chance, je ne suis pas trop loin de la rivière et un des passeurs vient m’aider à me dégager.
La suite : une montée bien raide, une sous couche de terre bien dure surmontée d’une fine couche de boue hyper glissante. La conduite est impossible, les pneus glissent, les pieds glissent.
Il y a un village en haut de la côte, des habitants m’aident mais je couche la moto une bonne dizaine de fois, je suis exténué. Je mettrai une bonne heure à faire 500m et arriver au village.
Pour moi, il est impensable de continuer. D’après les locaux, le chemin sèche le matin. Je demande donc s’il est possible de camper ici. Encore mieux, Abdul me sort un matelas en paille et m’installe dans une pièce abritée de la pluie ! Le grand luxe !
Tout le monde est super accueillant et m’aide. On m’invite à manger avec les hommes du village et je finirai même dans un bar clandestin !
Le lendemain, je remercie mes hôtes comme je peux et je finis la dizaine de kilomètres qu’il me reste jusqu’à Gembu. Le chemin est encore un peu boueux mais bien moins qu’hier !
Je suis dans un sale état, couvert de boue, trempé jusqu’aux os !
Je resterai à Gembu la journée pour les démarches administratives d’entrée au Nigéria et réparer quelques parties de la moto !

Est du Nigeria

A partir de Gembu, il y a à nouveau du tarmac ! Couvert de nids de poules mais tant pis !
La route redescend en plaine depuis le plateau et je retrouve des températures délirantes vers Beli.
Tout est sec, cramé, il y a juste quelques villages constitués de cases.
Je fais de bonnes étapes pour rejoindre les premières grandes villes.
Les checkpoints militaires sont aussi monnaie courante : parfois 3 ou 4 sur un kilomètre. A moto, il est facile de se faufiler pour éviter de perdre trop de temps !
Les quelques personnes que je croise sont hyper sympas et accueillants, il faut dire qu’un blanc dans la partie rurale du Nigéria, c’est rare !

Ouest du Nigeria

A partir de Abakaliki, je passe des zones rurales aux zones urbaines (et bien urbaines puisque le Nigéria est le pays d’Afrique le plus peuplé avec ses 230 millions d’habitants). Les checkpoints se renforcent encore. Certains en profitent pour faire de faux checkpoints, j’aurais d’ailleurs un échange très tendu avec un faux barrage de « soi-disant » membres de la sécurité intérieure, en civil mais toujours armés, avec de bonnes têtes de gangsters ! Tout se finira bien et je continue ma route vers Enugu, Onitsha, Benin City, Lagos.
La circulation est infernale, ça roule dans tous les sens, les véhicules sortent tout droit d’un film de Mad Max. et la psychose constante rends les étapes épuisantes !

Lagos

Je profite de mon passage à Lagos pour me poser après ces derniers jours. Je suis dans le quartier « safe » de la ville : Victoria Island. Je ne me suis tout de même pas trop attardé dans les quartiers de périphérie traversés en moto !
Globalement, les enlèvements sont monnaie courante au Nigeria, et ici, les problèmes se règlent au fusil…

Cotonou

Passage au Bénin avec une ambiance un peu plus cool (sauf sur la route).
Je profite d’être ici pour faire ma demande de visa à l’ambassade du Ghana.
A part ça, je ne suis pas trop emballé par la ville en elle-même…
Je ferai tout de même un crochet par Ganvié, une ville de 40 000 habitants sur le lac de Nokoué, très impressionnant à voir !
Tout tourne autour de l’eau, et impossible pour quiconque de faire quoi que soit sans pirogue. Il n’est pas rare de voir des enfants (parfois même de 3-4 ans) seuls dans une embarcation !

Abomey

Je remonte un peu vers le nord et Abomey, capitale du culte vaudou. L’ambiance y est super sympa. Ce n’est pas très grand, et on se sent comme dans un village avec ses quelques boutiques, ses pagnes magnifiques (tissus « block print » au mètre) pour faire des vêtements plus colorés les uns que les autres.
J’y serai magnifiquement accueilli à L’auberge de Tata Edith qui ressemble plus à une réunion de famille qu’une auberge !

Vaudou

Je passe une journée entière avec un guide initié au vaudou pour m’expliquer toutes les subtilités de cette religion, me présenter les différentes divinités et rites en tout genre.
Je verrai un prêtre vaudou, j’assisterai à une messe mais surtout à une cérémonie nocturne en l’honneur de Sakpata, divinité de la terre.
De la musique, des danses, des costumes, mais aussi quelques frayeurs.
C’était très enrichissant !

Frontière Togolaise

En quittant Abomey, je me dirige vers la frontière togolaise (un poste un peu à la campagne).
J’avais bien entendu que certaines règles d’admission avaient changé récemment, raison pour laquelle j’avais sollicité le consulat togolais au Bénin et le site de délivrance des visas en ligne. Tous m’ont donné une information qui s’est avérée fausse à l’arrivée. Seconde tentative le lendemain à la « grande » frontière au sud : même scénario.
Obligé de contacter l’ambassade de France à Lomé qui remontera le sujet jusqu’au lieutenant-colonel en charge de toute l’immigration du Togo…
De ses propres mots, la seule façon pour rentrer est de « tricher » sur la demande de visa officielle…
Il faut dire que des élections législatives ont lieu une semaine plus tard et que la démocratie africaine n’est pas très friande des observateurs étrangers…

Les rencontres

Beaucoup de rencontres sur ce tronçon : tout d’abord les marchands qui m’ont emmené à Yaoundé avec ma moto dans le camion, on a eu l’occasion de beaucoup discuter de tout et de rien, aussi de faire quelques blagues en langue locale à Mariette-Emilie, la « mama » de tout ce beau monde !
J’ai ensuite croisé quelques voyageurs en 4×4 à Yaoundé au garage de Didier, beaucoup d’allemands, et un couple de clermontois !
Au Nigeria, bien sûr Abdul qui m’a recueilli chez lui quand j’étais au plus bas, couvert de boue. De manière générale, les nigérians ont été hyper sympas : hôteliers, pompistes, caissiers, etc.
A Cotonou, j’ai rencontré Thibaut, un ami d’ami qui tient un restaurant en ville et qui m’a superbement accueilli.
Pour finir, Tata Edith et sa famille à Abomey : accueil indescriptible, beaucoup de rires, des histoires. Et ma voisine de palier Mireille, une mamie française initiée au vaudou haïtien et au Bénin depuis 2 ans avec qui j’ai eu de longues discussions !

L'hébergement

Principalement des hôtels ou auberge sur ce tronçon.
Notamment à Yaoundé où j’étais coincé en ville.
Au Nigéria, il n’était pas question de dormir dehors, ni même de sortir manger en ville de nuit (sauf à Lagos).
La plupart des hôtels proposent restauration et parking fermé et gardé : des « compounds ».
Dans le souci de garder un budget maitrisé, j’ai parfois fini dans des taudis : pas d’électricité, d’eau, de ventilateur, des lits douteux, etc.
Mais ça fait partie de l’aventure !

La Mécanique

Évidemment le stator !
Je savais que c’était une pièce susceptible d’avoir une défaillance, mais je ne pouvais pas prendre chaque pièce de rechange !
J’ai également changé le régulateur par sécurité. Petite frayeur au moment de tout remonter lorsque la tension aux bornes du régulateur n’était toujours pas bonne… Une nuit de charge de batterie et c’était bon ! heureusement !
A part ça, beaucoup de rafistolage de valises… les nombreuses chutes dans la boue leur ont couté quelques points de vie !